Le premier samedi, nous rencontrons Sue. Elle nous propose de nous faire visiter le lendemain, dans sa belle voiture, les diffĂ©rents quartiers de Melbourne pour qu’on puisse se faire une meilleure idĂ©e des possibilitĂ©s qui s’offrent Ă  nous pour le logement.

💬 Devant l’Hotel Mercure Ă  Little Bourke Street.

Selon elle - et elle nous l’a rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois par e-mail dĂ©jĂ  avant notre dĂ©part - il ne faut pas chercher un logement proche de l’universitĂ© (Ă  Clayton). D’aprĂšs elle, c’est une zone assez moche qui se trouve entre une zone industrielle au nord et une zone assez pauvre au sud. AprĂšs avoir vu par moi-mĂȘme l’endroit en question, je dirais plutĂŽt que c’est une zone “vide” mais plutĂŽt jolie, idĂ©ale pour quelqu’un qui a une voiture et qui veut avoir la paix, seul chez lui. C’est vrai que mis Ă  part des maisons, il n’y a rien. Pas de magasins, pas de facilitĂ©s et la zone est complĂštement oubliĂ©e par les transports en commun durant le week-end et en soirĂ©e, aprĂšs les heures de travail. Sinon, ce n’est pas moche. Ça sent mĂȘme trĂšs bon l’eucalyptus partout, c’est trĂšs agrĂ©able. Le seul problĂšme c’est qu’il faut obligatoirement une voiture pour se dĂ©placer. MĂȘme dans l’optique de travailler tous les jours, week-ends compris, on aurait des gros problĂšmes pour aller faire les courses Ă  pied et on n’Ă©conomiserait donc finalement pas un abonnement de bus. Vu le systĂšme de “zones de transport” de Melbourne, ce serait mĂȘme plus cher de vivre Ă  Clayton que de vivre en ville: le supermarchĂ© de Clayton est en “zone 2” alors que la ville est en “zone 1” et l’univ en “zone mixte”! Vivre en ville et aller Ă  l’univ. en train ne demande donc qu’un abonnement d’une seule zone alors que vivre Ă  Clayton nĂ©cessite les 2 zones pour aller de temps en temps en ville.

Bref, si un abonnement de bus-tram-train est indispensable, autant alors regarder un bel endroit le long de la ligne de train qui mĂšne de la ville Ă  l’universitĂ©. Plusieurs choix sont possibles:

  • Le centre ville: trĂšs pratique mais quand mĂȘme beaucoup plus cher qu’ailleurs. C’est aussi la solution la plus lointaine qui va donc nous pousser Ă  travailler seuls Ă  l’appart. On ne rencontrera donc personne… un peu dommage… Difficile aussi de rĂ©sister Ă  la tentation de la ville qui est vraiment trĂšs active et trĂšs dynamique, aussi bien en journĂ©e que le soir.
  • Richmond: premiĂšre banlieue au sud-est du centre de Melbourne. C’est presque le centre ville. On peut d’ailleurs aller Ă  Melbourne CBD Ă  pied sans problĂšme. Beaucoup de magasins/restos pas trop chers.
  • South Yarra: comme son nom l’indique, au sud de la riviĂšre “Yarra”, juste aprĂšs Richmond en direction de l’univ. C’est un quartier trĂšs chic. Avantage: c’est trĂšs propre, trĂšs calme, trĂšs luxueux. InconvĂ©nients, ben c’est trĂšs cher et un peu snob. Loyers comparables Ă  ceux du centre ville, voire plus chers. Évidemment, c’est pas lĂ  par exemple qu’on va trouver des supermarchĂ©s chinois pour acheter ce qui nous manquera dans notre appart…
  • Entre South Yarra et Caulfield: c’est une zone meilleur marchĂ© parce qu’on commence Ă  s’Ă©loigner de la ville. Petit inconvĂ©nient: beaucoup de trains “express” ne s’arrĂȘtent pas Ă  ces gares intermĂ©diaires et font South Yarra - Caulfield d’un seul bond!
  • Caulfield: c’est le premier arrĂȘt en dehors de la ville qui est vraiment intĂ©ressant au delĂ  de South Yarra. Caulfield abrite le second campus de Monash University Ă  Melbourne. Il y a des magasins tout autour de la gare. Beaucoup d’Ă©tudiants aussi, donc peut-ĂȘtre pas trĂšs calme.
  • Oakleigh: un peu plus loin que Caulfield en se dirigeant toujours vers l’univ. LĂ  aussi, une gare entourĂ©e de rues commerçantes. Le centre commercial gĂ©ant Chadstone n’est pas trĂšs loin, un peu plus au nord, accessible facilement par bus.
  • Huntingdale: c’est l’endroit oĂč on s’arrĂȘte avec le train pour prendre le bus et faire les deux derniers kilomĂštres en direction de l’universitĂ©. Avantage de cet endroit: plus besoin de prendre le train pour aller Ă  l’univ. InconvĂ©nient, c’est un tout petit bled paumĂ©, avec quelques magasins tout de mĂȘme.
  • Clayton: j’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© - la rue principale est pratique avec plein de magasins chinois trĂšs bon marchĂ©s et deux grands supermarchĂ©s Coles. En habitant lĂ , je crois qu’on reviendrait parfaitement bilingue français-chinois Ă  la fin du sĂ©jour, mais c’est pas vraiment le but… Cependant, gros inconvĂ©nient, on est ici en zone 2 pour les transports. Un aller/retour au centre ville nous coĂ»te environ 11$!

Sue nous a Ă©galement montrĂ© d’autres coins bien plus loin, en zone 2. “Quitte Ă  ĂȘtre en zone 2, autant ĂȘtre dans une zone intĂ©ressante, encore plus loin de la ville, mais avec toutes les facilitĂ©s”, nous disait-elle. Ça ne m’a pas vraiment convaincu.

VoilĂ  donc le topo en dĂ©but de semaine 1. J’ai maintenant une vue globale trĂšs claire de la situation grĂące Ă  Sue. On peut dire sans hĂ©siter que son aide aura vraiment Ă©tĂ© trĂšs prĂ©cieuse, d’une part, pour le choix de la localisation du logement, mais aussi d’autre part pour l’acceptation de notre candidature auprĂšs de l’agence immobiliĂšre puisqu’elle nous a aussi permis de la mentionner en tant que “rĂ©fĂ©rence” dans notre dossier (j’en parle plus loin).

D’autres arguments viennent s’ajouter Ă  la liste de choix d’emplacements ci-dessus. Le large choix Ă©noncĂ© ci-dessus est en fait un leurre et la liste de rĂ©sultats de recherche diminue vite. En effet, nous avons des critĂšres plus ou moins importants Ă  respecter dans notre recherche de location:

  • “appartement” (ou “unit” comme ils disent ici) plutĂŽt que “shared accommodation”. L’expĂ©rience des Indiens qui chantent tous les jours Ă  4h du mat’ Ă  Birmingham ne m’a pas appris Ă  rester calme lorsque je vis en communautĂ©. Bien sĂ»r, ça peut ĂȘtre enrichissant, c’est vrai, mais ça peut ĂȘtre aussi une belle source d’emmerdes au quotidien. Autre problĂšme plus pratique: le contrat de bail risque de ne pas ĂȘtre trĂšs clair puisqu’il est partagĂ© et vu les montants des loyers ici, on ne peut pas se permettre d’avoir un problĂšme de justificatifs pour le remboursement par les bourses en Belgique. Bref, ce critĂšre supprime environ 70% des annonces du site. Ça Ă©limine aussi la majoritĂ© des logements dans des endroits visĂ©s par les Ă©tudiants (Caulfield, Huntingdale)…. et, accessoirement, ça double le loyer moyen des rĂ©sultats de recherche…
  • “furnished” (meublĂ©): si on peut Ă©viter d’acheter un lit, une table et des chaises, c’est quand mĂȘme beaucoup mieux; surtout que ça risque de ne pas passer en note de dĂ©bours (Ă  moins de ramener tout en Belgique). Avec ce critĂšre, on supprime 95% des annonces…
  • “short-term lease” (bail de moins d’un an): la plupart des baux sont d’un an minimum. Avec un loyer moyen entre 300 et 400$ par semaine, ça fait une sacrĂ©e somme Ă  payer si on quitte 4 mois plus tĂŽt. Somme qui, encore une fois, aura du mal Ă  passer sur la note de dĂ©bours dans le cas improbable oĂč on aurait pas dĂ©jĂ  dĂ©pensĂ© la totalitĂ© de nos subsides. Bien sĂ»r, il y a moyen de casser le bail mais je n’ai pas envie de passer le dernier mois du sĂ©jour Ă  jouer Ă  l’agent immobilier pour trouver un autre locataire.

Ajoutons Ă  ça qu’il faut aussi ĂȘtre Ă  proximitĂ© des transports et de supermarchĂ©s tout en restant dans une fourchette de prix compatible avec nos revenus (c’est-Ă -dire largement infĂ©rieur au prix de l’hotel!)

Finalement, malgrĂ© tous ces critĂšres, et aprĂšs avoir passĂ© plusieurs heures Ă  s’énerver sur internet pour Ă©plucher les annonces, il reste quand mĂȘme quelques annonces sur la page de rĂ©sultats de realestate.com. Mais Ă©videmment pas des dizaines… Tous gĂ©rĂ©s par des agences; ce qui n’est pas plus mal puisqu’on cherche des justificatifs clairs.

Nous avons sĂ©lectionnĂ© l’annonce pour laquelle il Ă©tait possible d’aller Ă  l’ “inspection” (la visite obligatoire, organisĂ©e par l’agence) au plus vite; c’est-Ă -dire le jour mĂȘme. L’appart est situĂ© Ă  South Yarra. Il est meublĂ© (cuisine, living, chambre et salle de bain), bail de 8 mois possible si on accepte un supplĂ©ment de loyer. La visite s’effectue avec le gars de l’agence immobiliĂšre ainsi que deux autres candidats potentiels: un Indien et un homme avec un accent russe (du moins, c’est comme ça que parlent les mĂ©chants dans James Bond). Visiblement l’appart ne convient pas au Russe et l’Indien ne prononce pas un seul mot durant la visite. Ça me met plutĂŽt en confiance. Je demande donc directement Ă  l’agent comment louer cet appart puisqu’il nous plait. “Tout se fait online”, me rĂ©pond-il, “…avec le formulaire ad-hoc… et la dĂ©cision est prise dans la journĂ©e”… A trois jours prĂšs, il avait raison!

Le lendemain, depuis l’hĂŽtel, je complĂšte donc le fameux formulaire en ligne de candidature (“online application form”). Sue m’avait dit de me prĂ©senter comme “Docteur” puisque j’en suis un. Contrairement Ă  la Belgique, ça pourrait jouer en notre faveur. Elle nous a dit aussi qu’on avait la chance d’avoir la bonne couleur de peau face aux autres candidats potentiels (c’est pas trĂšs joli mais c’est comme ça - mieux vaut ĂȘtre EuropĂ©en qu’Indien en Australie - un chauffeur de taxi nous l’a confirmĂ©).

En gros, dans ce formulaire en ligne, il faut tout dĂ©baller sur sa vie, jusqu’Ă  expliquer quand et pourquoi on a quittĂ© nos parents, avec indication du numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone de ceux-ci au cas oĂč l’agence voudrait vĂ©rifier! Heureusement, j’ai tous mes documents de visa scannĂ©s avec moi et il ne m’est pas trop difficile d’atteindre les 2x"100 points" nĂ©cessaires Ă  notre identification (un scan du passeport vaut 50 point, un extrait bancaire vaut 10, au extrait d’acte de naissance 10, un certificat de mariage 10, etc.). Sans ces scans, je ne sais pas comment j’aurais fait! Il faut aussi donner 3 personnes de “rĂ©fĂ©rence” qui vivent en Australie et qui ne sont pas de la famille; c’est-Ă -dire des personnes Ă  qui l’agence peut tĂ©lĂ©phoner pour demander confirmation des dĂ©tails du dossier (et ils le font!).

Le dossier envoyĂ©, je reçois un premier coup de fil de l’agence dans l’aprĂšs-midi me disant que je dois remplir Ă©galement un dossier de candidature pour Houda (en me mentionnant cette fois comme conjoint). C’est vraiment dĂ©bile puisqu’elle apparaĂźt dĂ©jĂ  dans mon dossier comme conjoint. Et hop, c’est reparti, je recommence le remplissage du formulaire. Le site web me demande a ce moment si je veut payer 10$ (!) pour qu’il remplisse le formulaire Ă  ma place avec les infos prĂ©cĂ©demment entrĂ©es… StoĂŻque, je rĂ©ponds “va te faire foutre” en cochant la case “non” et je prends mon mal en patience… Je commence Ă  comprendre la raison du second dossier…

Le lendemain, pas de news de la candidature mis Ă  part tard le soir quand je reçois un nouveau coup de fil d’un autre agent. C’est celui qui nous a fait visiter l’appart. Il me demande si je suis toujours intĂ©ressĂ© par la location et, si oui, pourquoi je n’ai pas rempli le formulaire! Aargl. Mais c’est quoi ce systĂšme pourri?? Je lui dis que je l’ai fait… mais, bien sĂ»r, il n’a pas de traces de son cĂŽtĂ© Ă  l’agence!

Le lendemain, je le rappelle et il me dit que ça va, il a enfin trouvĂ© mon dossier mais pas celui de Houda… Finalement, aprĂšs beaucoup de stress (le week-end approche), une dame nous tĂ©lĂ©phone Ă  18h00 le soir mĂȘme, pour nous dire que le dossier a Ă©tĂ© acceptĂ©! Ouf! Un peu dĂ©sespĂ©rĂ©s, on avait dĂ©jĂ  prĂ©vu de nouvelles visites d’apparts pour le samedi histoire de ne pas perdre notre temps et on n’est pas fĂąchĂ© de les annuler. Le premier loyer est payĂ© directement par VISA par tĂ©lĂ©phone et il ne reste plus qu’Ă  payer la caution le lundi matin pour obtenir les clefs.

Déménagement possible dÚs le mardi matin!