Maman étant partie, nous reprenons courageusement le travail. Direction: Monash university. Houda reste à la maison pour pouvoir lire ses romans plus facilement qu’à son bureau qui n’est pas chauffé. C’est vrai qu’il commence à faire un peu frisquet ici. La plupart des Australiens ne se baladent même plus en tongs et T-shirt, c’est dire… Et quand je cours le week-end, je vois beaucoup moins de gens préparant des aussie barbecues. L’hiver approche et ce n’est vraiment pas drôle.

A notre appart, il fait, comme depuis toujours, plus froid à l’intérieur qu’à l’extérieur. Déjà lorsqu’il faisait 25°C dehors on mettait un pull dans notre salon. Maintenant, c’est devenu un vrai frigo. La vie ressemble donc un peu à ce qu’on vivait à Bagard lorsqu’on y allait à Pâques, mis à part qu’on n’a pas de feu de bois pour se réchauffer. On a tout de même un petit chauffage électrique qui marche pas trop mal mais on essaye de ne pas trop l’utiliser maintenant vu qu’on n’est pas encore en hiver et vu le prix exorbitant de l’électricité. Depuis que j’ai vu le prix de ce chauffage dans le commerce, j’ai d’ailleurs décidé d’acheter un extincteur, au cas-où.

💬 Nos nouveaux amis: les médicaments australiens.

Dans le bus au retour de Monash, un gars énorme s’est assis à côté de moi. Il portait un masque un peu comme les Japonais le font au Japon pour se protéger de la pollution. Malheureusement pour moi, ce n’était pas un Japonais même s’il ressemblait à un sumo et j’ai compris le soir qu’il devait être malade et que ce masque servait plutôt à me protéger de ses microbes… Mal de gorge, toux, … et hop, on a maintenant une bonne raison de faire travailler notre le chauffage. Évidemment, le jour suivant, Houda est également malade. Pour se soigner ici, il faut aller au supermarché pour acheter les médicaments (juste en face des savons et des shampoings). Les vitamines sont vendues dans un rayon dédié tellement le choix est énorme.

En parallèle, le travail à l’université continue. Les trajets sont un peu plus courts qu’avant parce que je me lève un peu plus tôt (7h00) pour prendre le train de 8h00 à South Yarra. Ce train ne fait que 2 arrêts entre South Yarra et Huntingdale (le premier à Caulfield et le second à Oakleigh). Ça me permet d’optimiser mon temps de travail.

💬 L’attente du 601 à Huntingdale.

Question boulot, je n’en manque pas. En effet, il faut que j’écrive mon dernier rapport région wallonne qui clôture ma vie d’ingénieur de recherche. C’est pas très drôle à faire et j’y consacre toute une semaine. Au final, je me retrouve avec un bon gros document d’une soixantaine de pages qui me semble satisfaisant. J’évite de perdre mon temps à le relire puisque je sais bien qu’il ne sera jamais lu par personne. L’épaisseur me semble bonne et quand on le feuillette rapidement, on voit des belles images colorées et quelques équations avec des racines carrées pour faire sérieux.

La semaine suivante, on a droit à un congé pour le jour de l’ANZAC day. C’est une journée nationale en hommage aux militaires australiens et nouveaux-zélandais (“Australian and New Zealand Army Corps”). Pour fêter ça, on décide de rester chez nous bien sagement, même s’il y a quelques festivités autour du shrine of remembrance. Il faut dire qu’il pleut et qu’on n’est pas encore tout à fait remis de notre gros “rhube”. C’est à ce moment aussi que je découvre les “ANZAC biscuits” qui sont en promo au supermarché pour l’occasion. Ce sont des biscuits assez durs qui ressemblent à des macarons durcis. C’est très bon et vraiment pas cher et ça nous change un peu des Tim Tams.

Les autres jours de la semaine, à l’univ, je commence à m’intéresser au travail de Louis, un des doctorant du labo. Il doit améliorer un modèle d’endommagement de composites en ajoutant principalement des effets visqueux. Comme je ne suis pas vraiment un “spécialiste matériau”, j’aborde son travail avec beaucoup de précaution et j’annonce que vais d’abord refaire tous les calculs en partant de zéro pour apprendre la théorie et comprendre comment tout ça marche. Louis utilise en fait une routine Fortran (de 44 pages!) qu’un ancien post-doc a laissé derrière lui avant de partir. Bien sûr, ça a fait rire tout le labo quand je l’ai imprimée pour la lire… mais j’ai la situation s’est vite inversée quand j’ai commencé à leur dénombrer une quantité impressionnante de problèmes que le fameux post-doc avait cachés (ou pas vus?). En fait cette routine ne donne aucun bon résultat, même pour de simples simulation de traction simple… Au moins, grâce à cela, je vois maintenant très bien sur quoi je peux travailler et ce que je vais pouvoir améliorer. Je me lance donc dans une grande opération de nettoyage et amélioration de code qui va durer au moins un bon mois.

💬 Practical classes à Monash.

A côté de ça, je participe toujours aux exercices dirigés (“practical classes” et “tutorials”) du cours de structures aéronautiques. C’est assez amusant et pas très compliqué  même si ça demande pas mal de préparation la veille. Ces séances me permettent surtout de pratiquer un peu mon anglais en répondant aux questions des étudiants. Ils ont l’air de comprendre ce que je raconte, donc je me sens plutôt utile. J’ai même un étudiant qui vient me voir à l’improviste à mon bureau pour me poser des questions supplémentaires. J’imagine qu’il se ferait éjecter comme un malpropre si il faisait ça avec un vrai assistant de l’université.

A l’université, c’est vraiment le grand confort pour travailler. Les ressources sont impressionnantes (bibliothèque, accès aux revues et bouquins en ligne, logiciels) et le bâtiment central est un vrai centre commercial qui permet d’obtenir ce qu’on veut quand on le veut. Il y a cependant quelques points noirs et Houda en parlerait bien mieux que moi. Le principal est l’absence (ou la puissance ridicule) du système de chauffage dans de nombreux bâtiments. C’est assez étonnant parce que, même si il semble faire chaud ici en été, il fait quand même franchement froid une bonne partie de l’année. Continuons dans les trucs nuls tant qu’on y est. Les toilettes pour hommes sont dignes d’un pays en voie de développement (voir photo). Je me demandais au début comment les Australiens arrivaient à pisser sur un mur sans s’arroser les pieds. Maintenant j’ai compris, c’est ma question qui n’a pas de sens. Ils s’arrosent les pieds. Et dans la foulée, ils élaborent une gigantesque mare tout le long du mur qui grandit jusqu’au soir et qui permet d’identifier les gens revenant des toilettes par le “scruitch-scruitch” que font leurs chaussures sur le sol. Beurk.

💬 Voici les toilettes pour hommes.

Arrêtons de parler de l’université. Notre vie ici ne se résume pas uniquement à ça.

Le premier samedi du mois de mai, Sue nous recontacte et nous propose d’aller manger dans un petit resto indien qu’elle connaît et qui est situé pas trop loin de chez nous. Le resto est minuscule mais ce qu’on y mange est vraiment très bon. Pour seulement 10$, on peut choisir 4 “curries” parmi un choix relativement large qui seront accompagnés de 2 “rotis” (des crêpes indiennes - un genre de “chapati” pour les non-connaisseurs comme moi - voir photo). On passe notre soirée à discuter de tout et de rien avec Sue. C’est très agréable et la nourriture indienne nous réchauffe un peu (on était littéralement gelés dans notre appart avant d’y aller). A la fin de la soirée, Sue nous raccompagne en voiture chez nous; ça nous évite de reprendre froid sur le chemin du retour.

💬 Menu à 10$ au resto indien

Les jours passent et, malgré le chauffage qu’on laisse maintenant régulièrement allumé et une bonne cure de vitamines, on est toujours pas très en forme. Un samedi matin, je décide d’aller tout de même au Woolworths pour faire les courses, même si je risque encore de me refroidir. J’ai pas vraiment les idées claires quand je pars et je décide au dernier moment de changer de veste. Je vais maintenant utiliser ma veste d’hiver belge. Arrivé au Woolworths devant les caddies, je me rends compte que j’ai tout simplement oublié mon portefeuille à la maison… grrr… je ne suis vraiment pas en forme, moi… Je prends donc mon courage à deux mains et je me dis que je vais faire l’aller-retour (ou plutôt un retour-aller) à l’appart, en tram cette fois, pour que les courses soient faites. Et malheureusement, je découvre à ce moment que j’ai également perdu ma carte Myki (c’est-à-dire mon abonnement de tram, que je viens de recharger pour un mois quelques jours auparavant). Quelle galère… Je passe donc le reste de la journée à rechercher cette foutue carte sur mon chemin, mais sans succès. Finalement, je décide d’envoyer un formulaire à la société qui gère Myki pour en obtenir une autre.

Le soir même de cette mésaventure, nous allons boire un verre avec mon professeur et son amie dans un quartier animé au nord de Melbourne. Ils viennent nous chercher en voiture et nous emmène dans un bar assez sympa mais dont l’entrée est cachée bizarrement au fond d’un marchand de frites, qu’il faut donc traverser pour s’installer et boire. On parle beaucoup et, avec le bruit, c’est un vrai exercice d’anglais intensif. Chaque verre coûte environ 10$ donc on ressort du bar vraiment pas très saouls. Faut être riche pour être un ivrogne dans ce pays!