Finalement, il n’est pas si dur Ă vivre cet hiver au pays du Vegemite et des Chinois renifleurs… Il y a mĂȘme des jours oĂč on n’a pas trop l’impression de mourir de froid: c’Ă©tait le cas le samedi d’il y a deux semaines oĂč nous avons eu un merveilleux soleil pendant toute la journĂ©e. On en a bien profitĂ© en allant se balader jusqu’en ville en passant Ă travers le jardin botanique derriĂšre chez nous. Houda n’y Ă©tait jamais allĂ©e et ça vaut le dĂ©tour. Les Australiens avaient ressorti de leur BIR (built-in garde-robe) leurs T-shirts, leurs shorts et leurs mini-jupes pour profiter au maximum du beau temps et montrer leurs tatouages (15° au soleil, ça se fĂȘte!). Leurs tongs laissaient Ă nouveau entrevoir leurs ongles de pieds vernis de mille et une couleurs du meilleur goĂ»t. Moi, je ne suis pas allĂ© jusqu’Ă me vernir les ongles mais j’ai tout de mĂȘme renfilĂ© mon “hoodie” australien, qui est une sorte de sweat shirt Ă capuchon bien typique d’ici (et des banlieues parisiennes). Bref, un truc que je ne mettrais jamais en Belgique histoire de ne pas passer pour un guignol. Ici, c’est la grande classe. C’est la mode australienne, il faut s’y faire… ArrivĂ© Ă South Bank, on s’est payĂ© une bonne grosse glace qu’on a mangĂ© le long de la Yarra river en compagnie d’une mouette trĂšs drĂŽle. Il n’y a rien Ă dire, les glaces ici sont bien meilleures que chez nous!

đŹ Une journĂ©e de printemps en hiver (South Bank).
C’Ă©tait donc notre derniĂšre petite sortie sympathique en date. A cĂŽtĂ© de ça, nous avons passĂ© tout notre temps libre Ă prĂ©parer le repas que nous prĂ©voyions de faire pour Brian et Tara. Nous les avions invitĂ©s Ă souper chez nous et ils s’attendaient Ă un repas marocain, Ă©videmment. Les premiers tests de pastilla effectuĂ©s une semaine Ă l’avance Ă©tant plutĂŽt concluants, nous Ă©tions plus ou moins sereins Ă l’approche du week-end jusqu’au moment oĂč Sue nous appelle pour nous inviter au resto (marocain!) le dimanche du mĂȘme week-end, c’est-Ă -dire le lendemain de notre repas. PrĂ©voyant dĂ©jĂ qu’on serait dans une forme pas terrible ce jour lĂ , nous lui proposons plutĂŽt de venir manger chez nous. On mangera la mĂȘme chose que la veille et, pour nous, il suffira de prĂ©parer tout en double… Ăa fera moins de travail et ça nous Ă©vite une sortie dans le froid.

đŹ Des scampis sans pastis comme entrĂ©e.
Et c’est donc ce qu’on a fait. La veille de la premiĂšre invitation, Houda reste Ă la maison pour prĂ©parer les deux pastillas et des briouates Ă la mortadelle. Je l’ai convaincue de faire deux petites pastillas et pas deux grandes pour Ă©viter d’en manger pendant tout le mois qui va suivre. C’est bon la pastilla mais ça vieilli mal. Moi, j’entre en scĂšne le samedi Ă midi, aprĂšs les courses: je fais un moka et la soupe de scampis de l’entrĂ©e. Pour la dĂ©co de l’assiette de soupe, j’ai mĂȘme achetĂ© des grosses crevettes histoire que le plat ne ressemble pas trop Ă de la bouillie prĂ©digĂ©rĂ©e une fois servi. Je dĂ©cide aussi de faire des minis tartes Ă l’oignon pour l’apĂ©ro. C’est l’occasion d’essayer une variante. Au final, le rĂ©sultat est assez rĂ©ussi et le four, qui n’est toujours pas rĂ©parĂ©, ne se montre pas trop capricieux pendant ces prĂ©paratifs.

đŹ J’ai fait briller mes chaussures.
La soirĂ©e avec Tara et Brian se passe trĂšs bien. Ils semblent apprĂ©cier ce qu’on leur a prĂ©parĂ©, et tout particuliĂšrement la pastilla de Houda. Ils n’en avaient jamais mangĂ© auparavant et c’est vrai que c’est assez surprenant comme goĂ»t, surtout avec la grosse couche de sucre et de cannelle sur le dessus et la demi bouteille de fleur d’oranger Ă l’intĂ©rieur de la prĂ©paration. On a parlĂ© de beaucoup de choses, mais c’est souvent les mĂȘmes sujets qui reviennent sur la table: les coutumes bizarres en Australie, en Grande Bretagne… et en Belgique. Le Maroc et l’islam (ramadan et souper marocain obligent). On n’Ă©vite pas non plus une grande discussion sur les AborigĂšnes d’Australie. On parle aussi du niveau un peu ras-les-pĂąquerettes des Ă©tudiants Ă Monash et du prix exorbitant des Ă©tudes. Comme je gĂšre en continu la cuisson du repas (ce qui nĂ©cessite un repĂ©rage continu des “Tic Tic Tic” dĂ©sespĂ©rĂ©s du four qui manque d’oxygĂšne), je n’ai pas besoin d’ĂȘtre trĂšs actif lors de ces conversations et ce n’est pas plus mal: si mes capacitĂ©s en anglais sont au top juste avant l’apĂ©ro, elles se dĂ©gradent exponentiellement au cours de la soirĂ©e. Quand nos invitĂ©s nous quittent, je me rends compte que j’ai mĂȘme du mal Ă parler français! Tout est chamboulĂ© dans ma tĂȘte, et pourtant je n’ai pas trop bu. Petite dĂ©ception tout de mĂȘme, j’ai un peu loupĂ© le moka en voulant utiliser du cafĂ© beaucoup trop fort. Le goĂ»t Ă©tait correct mais les biscuits n’Ă©taient pas assez imprĂ©gnĂ©s.
Le lendemain, on enchaĂźne au quart de tour sur la prĂ©paration de la soirĂ©e de Sue. Puisque le moka est loupĂ© et surtout parce qu’il n’est pas trĂšs prĂ©sentable Ă moitiĂ© mangĂ©, je dĂ©cide de faire un gĂąteau au chocolat pour le dessert. Ma recette est assez bonne. Elle donne un gĂąteau trĂšs dur qui, Ă l’instar du kloug du “pĂšre NoĂ«l est une ordure”, peut ĂȘtre utilisĂ© pour dĂ©molir une voiture s’il est lancĂ© d’un quatriĂšme Ă©tage. La prochaine fois, je roulerai la pĂąte sous les aisselles pour faire une variante kloug-doubitchou.

đŹ Un bon kloug au chocolat.
Cette deuxiĂšme soirĂ©e se passe trĂšs bien Ă©galement mais on est un peu fatiguĂ© vers la fin. MĂȘme au dĂ©but de l’apĂ©ro, je ne suis pas trĂšs au top cĂŽtĂ© anglais. Je me contente d’Ă©couter les deux filles qui parlent et j’interviens de temps en temps. Et dire qu’il faut aller travailler le lendemain! Dur dur! Surtout que Brian, lui, s’est bien reposĂ© tout le dimanche et est en pleine forme quand j’arrive Ă Monash et veut me voir pour que je lui explique mon travail…
A l’universitĂ©, le deuxiĂšme semestre vient de dĂ©buter et les cours ont recommencĂ© depuis peu. Je participe au cours d’ “introduction Ă la dynamique des structures aĂ©ronautiques” qui consiste Ă donner aux Ă©tudiants les bases de calcul des structures d’avions. Ce qui n’est pas mal, ce sont les nombreux exemples concrets d’avions que le cours prĂ©sente. Si je n’ai pas trop de problĂšmes pour faire les calculs de structures, je dois dire que je n’y connais rien aux avions rĂ©els et, Ă part le fameux F-16 belge, je ne sais pas en nommer un seul. Pour les Ă©tudiants, c’est plutĂŽt l’inverse, ils connaissent tous les avions possibles et imaginables mais ils ont du mal Ă additionner deux vecteurs. On se complĂšte bien.
La deuxiĂšme semaine de cours (“week 2”), la leçon est remplacĂ©e par une visite du RAAF Museum (Royal Air Force, version australienne) Ă Point Cook. C’est une base militaire qui contient un petit musĂ©e oĂč des avions sont exposĂ©s. Il y a aussi un atelier de restauration de vieux modĂšles. C’est pas mal du tout mais il fait trĂšs froid sur place. Et, comme les hangars ne sont pas chauffĂ©s, je suis littĂ©ralement frigorifiĂ©, malgrĂ© ma grosse veste belge.
Avant la visite, on a droit Ă une sĂ©ance “engagez-vous” de la part d’un officier habillĂ© comme Tom Cruise dans Top Gun (il ne manque que les lunettes). Il n’est pas gĂȘnĂ© de dire aux Ă©tudiants qu’ils peuvent, s’ils le veulent, abandonner Monash dĂšs le semestre prochain pour s’engager dans l’armĂ©e… Il projette Ă l’Ă©cran des images de guerre sur une musique victorieuse agrĂ©mentĂ©e de quelques explosions. Il cite les avantages des Ă©tudes Ă l’armĂ©e: le principal Ă©tant: “vous aurez un accĂšs gratuit Ă toutes les salles de sport de la caserne”! C’est vrai que vu le prix des salles de fitness ici, lâargument peut convaincre. Il dĂ©crit aussi son expĂ©rience en temps qu’ingĂ©nieur aĂ©ronautique dans l’armĂ©e. A ses dĂ©buts, il faisait partie de la “Ground Support Unit”… Quand il a demandĂ© si quelqu’un savait ce que ça voulait dire, j’ai voulu rĂ©pondre que c’est ceux qui pĂšlent les patates et balayent le tarmac… J’ai pas osĂ©… mais j’avais vu juste: il l’a dit lui-mĂȘme, juste aprĂšs, mais avec un tel sourire que ça avait l’air aussi gratifiant pour un ingĂ©nieur que de rĂ©soudre des Ă©quations diffĂ©rentielles… Bref, une belle misĂšre intellectuelle… Mais c’est ça l’armĂ©e… En tout cas, ça m’a rappelĂ© que notre travail est aussi beaucoup utilisĂ© pour bombarder des gens. On a tendance Ă l’oublier.
La visite s’est terminĂ©e avec une dĂ©monstration de vol faite par un gars trĂšs vieux mais qui n’a visiblement pas oubliĂ© de profiter de son abonnement gratuit Ă la salle de sport. Il est montĂ© dans son avion et il a commencĂ© Ă faire des tas de loopings dans tous les sens. C’Ă©tait vraiment impressionnant. J’ai fait une petite vidĂ©o (ci-dessus) que j’ai postĂ© sur YouTube. Ăa ne donne pas aussi bien qu’en vrai mais c’est tout de mĂȘme un chouette souvenir.
Sinon, cĂŽtĂ© sport, je continue Ă courir tous les week-ends. Vu qu’il y a des travaux au niveau de la gare de Flinders Street et qu’on ne peut plus passer sous le pont, j’ai changĂ© mon tour et je tourne maintenant autour du jardin botanique. C’est en fait un parcours de jogging officiel nommĂ© le Tan Track. C’est une boucle de 3.8km bien amĂ©nagĂ©e pour les coureurs (il y a mĂȘme des chronos). C’est pas mal du tout parce qu’il y a beaucoup de monde qui court Ă cet endroit et on peut donc toujours trouver quelqu’un Ă essayer de rattraper. J’essaye de suivre des gens qui courent lĂ©gĂšrement plus vite que moi pour m’amĂ©liorer. Autre source de motivation: mon GSM et un programme que j’ai trouvĂ©: “Endomondo”. Il utilise le GPS pour calculer toutes sortes de statistiques au cours de l’entraĂźnement. A chaque kilomĂštre, une voix de femme, la mĂȘme que sur mon TomTom, arrĂȘte momentanĂ©ment la musique pour dire le nombre de kilomĂštres parcourus et le temps du dernier kilomĂštre. Ăa me permet de courir Ă 5min par kilomĂštre (c’est-Ă -dire 12km/h) sans trop de problĂšme pendant une heure. AprĂšs, ouille, ça devient plus dur et la moyenne descend… mais j’essaye de continuer tout de mĂȘme. Actuellement, je fais 4 tours. Avec le petit bout de chemin jusqu’Ă la maison, ça fait environ 17km en tout. J’espĂšre faire 20km prochainement sans avoir mal nulle part (c’est pas gagnĂ©, mais je crois que j’y arriverai avant notre retour en Belgique).

đŹ Mon footing du dimanche enregistrĂ© par le GPS de mon tĂ©lĂ©phone.
Ăvidemment, aprĂšs le jogging, je suis un peu crevĂ© et ça m’arrive de faire une petite sieste bien mĂ©ritĂ©e. Ci-dessous, la derniĂšre, au milieu du salon, façon SDF, et photographiĂ©e par Houda. Il faut dire qu’il faisait vraiment trĂšs froid. Et comme la machine Ă sĂ©cher le linge tourne dans la piĂšce Ă cĂŽtĂ©, les fenĂȘtres sont ouvertes et le lit n’est pas une option envisageable.

đŹ Une petite sieste comme un vrai SDF.
A propos de la ventilation de la salle de bain, l’affaire est maintenant terminĂ©e et nous savons que nous n’aurons PAS le fan promis par l’agence… Le proprio (que Dieu abatte sa colĂšre divine sur lui) a dĂ©cidĂ©, aprĂšs 3 mois, que l’installation Ă©tait trop chĂšre et qu’il annulait tout. Bien sur, personne n’a trouvĂ© utile de nous prĂ©venir le jour oĂč l’installation Ă©tait prĂ©vue et nous avons donc passĂ© notre temps Ă attendre un installateur qui n’est jamais venu. Est-ce la faute du propriĂ©taire? de l’agence? ou de l’Ă©lectricien? Je n’en sais rien, mais dans ma tĂȘte, ils sont tous responsables et j’espĂšre qu’ils auront tous prochainement un ongle incarnĂ© suite Ă mes priĂšres!
